3 déc 2009

Création du monde

Hésiode travailla à  partir d’un ensemble de récits et de tradition orale (mythes, légendes, chant) qui nous resteront irrémédiablement inconnus. D’autres poètes composèrent également leurs versions de la création et la généalogie des dieux. Nous ne connaissons que la version d’Hésiode, vraisemblablement la plus complète de toutes.

D’après Hésiode, l’univers naquit de ténèbres informes et insondable qu’il appelait le chaos. Le chaos était en fait un principe abstrait, source ultime de la création, mais en aucun cas identifié à  une quelconque divinité primitive. La cosmogonie n’y était évoquée qu’en termes d’effets sur la lignée divine dont il relatait les aventures et les mésaventures.

Hésiode n’expliqua pas non plus comment le Chaos avait produit les cinq éléments primaires : Gaïa (la terre), le Tartare (monde inférieur situé dans les entrailles de la terre), Érèbe (ténèbres au sein du Tartare), Éros (la pulsion de vie) et enfin la Nuit (puissance des ténèbres).

Dans tout le monde antique, la nuit était considérée comme une force élémentaire car sa troublante obscurité pouvait receler des forces maléfiques. Les mythes successifs lui attribuèrent une personnalité divine qui la rendit dès lors beaucoup moins mystérieuse et donc moins redoutable. Néanmoins, dans la mythologie grecque, la déesse Nuit était respectée, même par les Dieux. Dans l’Iliade, Homère la décrit comme maîtresse à  la fois des dieux et des hommes. Elle jouait un rôle de premier plan dans la plupart des mythes classiques de création, et celui d’Hésiode n’y échappe pas. Dans la Théogonie, elle est le premier enfant du Chaos à  donner naissance à  d’autres éléments de l’Univers. S’accouplant à  Érèbe, elle donna naissance au Jour et à  l’Éther. Plus tard, elle enfanta la plupart des maux qui assombrissent la vie des dieux et des humains, parmi lesquels le Destin, la Mort, la Misère, la Rancœur, la Fourberie et la Querelle; la Querelle elle-même donna naissance à  d’autres malheurs comme le Meurtre, le Carnage, la Guerre et le Désordre.

Puis ce fut Gaïa, qui enfanta Ouranos, les cieux étoilés, pour la protéger et pour offrir une résidence aux dieux qui naîtrait plus tard. Elle créa également les Montagnes et Pontos, personnification de la mer.

Hésiode la décrivait comme Gaïa « à  la vaste poitrine, solide fondation de tout et pour toujours ». D’autres poètes classiques la nommèrent « mère et nourrice suprême« , « source de toute fécondité« . Le culte de Gaïa pourrait bien avoir éclipsé celui des autres Olympiens. Des découvertes archéologiques récentes indiquent qu’une divinité de la terre fut vénérée sur le pourtour méditerranéen dès les temps les plus reculés.

La version d’Hésiode dur le mythe de formation du monde physique illustre la conception que les anciens Grecs se faisait de la forme de la Terre. Ils pensaient que c’était un disque plat, et non une sphère, et que leur territoire en occupait le centre. Certains plaçaient son centre au mont Olympe, sommet de la Grèce continentale, tandis que d’autres le situait au sanctuaire de Delphes. Quel que soit le centre du monde, la masse des terres était encerclée par Océanos, une vaste étendue d’eau salée.

Donc, Gaïa donna naissance à  Ouranos et bien qu’en ce sens ce fà»t son « fils », il n’était pas son subordonné. Il fut toujours considéré comme son partenaire et époux, à  égalité de droits. L’union entre Gaïa, déesse de Fécondité, et Ouranos, dieu céleste, scellait en quelque sorte le sol et le ciel en une gigantesque cérémonie d’épousailles mystiques.

En dépit de leur lien mère-fils, l’union entre Gaïa et Ouranos n’était en aucun cas considérée comme incestueuse. Deux de leur enfants allaient d’ailleurs également s’épouser et ainsi que deux de leurs petits-enfants : les Dieux pouvaient transgresser le tabou de l’inceste qui était interdit aux humains.

Gaïa et Ouranos eurent de nombreux enfants, pour une bonne partie des monstres, généralement caractériels et contrefaits. Leurs premiers-nés furent Cottos, Briarée et Gyès, les trois Hécatonchires (« aux cent mains« ), des monstres semi-humains possédant chacun 100 bras et 50 têtes. Puis vinrent trois enfants, les Cyclopes à  un seul oeil, dénommés respectivement Argês (Éclair), Brontês (Tonnerre) et Stéropês (Foudre). Ils étaient extraordinairement forts et brutaux, comme leurs frères aux cents mains, mais étaient également d’habiles tailleurs de pierre, auteurs présumés de l’ancienne cité de Mycènes et de la forteresse voisine de Tirynthe, dans le Péloponnèse. Plus tard, Gaïa porta une nombreuse progéniture, enfants d’elle-même ou fruits d’amours plus orthodoxes. La plupart d’entre eux furent des monstres mais pas tous. Ainsi l’une de ses filles, la nymphe Daphné, fut vainement convoitée par Apollon.

Les enfants les plus célèbres d’Ouranos et de Gaïa furent les douze Titans, six garçons et six filles :

  • Océanos, dieu de la mer et sa sœur et compagne, Téthys ;
  • Hypérion, un dieu solaire et sa sœur et compagne, Theia ;
  • Thémis et Rhéa, deux déesses chtoniennes ;
  • Mnémosyne, déesse de la mémoire
  • Japet, Cœos, Crius et Phœbé, dont les fonction nous sont inconnues
  • Cronos, le plus jeune, le plus fougueux et le plus doué de toute la famille, qui haïssait son père et allait le supplanter en tant que divinité suprême.

Les Titans apparurent dans la mythologie en Méditerranée occidentale et dans certaines régions d’Asie mineures. La plupart personnifiaient des forces naturelles ; Mnémosyne était la seule à  représenter une caractéristique humaine, la mémoire ; Elle n’apparut que tardivement dans le panthéon. Bien qu’ils aient donnés naissance aux Olympiens, lignée qui connu une grande notoriété dans les religions grecques et romaines, les Titans n’en occupèrent pas moins une place remarquable dans le corpus mythologique. De nombreux thèmes de la mythologie classique proviennent de leurs aventures, entre autres le concept de « famille divine » impliquant nombre de mariages « consanguins » ainsi qu’un saisissant mélange de rivalités impitoyables et de cordiales complicités.

Les Titans, leurs enfants et les autres monstres et divinités secondaires de cette étapes de la création ne possédaient pas les caractères établis de ceux des divinités plus tardives de la mythologie classique. Les quelques anecdotes qui les concernent étaient manifestement destinés à  décrire simplement les phénomènes physiques qu’ils incarnaient. Cela est vrai même pour le personnage d’Atlas, fils du Titan Japet et d’Asie, fille d’Océanos, il fut condamné – pour avoir pris le parti des Titans dans la guerre les opposant aux Olympiens à  soutenir le ciel pour l’empêcher de s’écraser sur la Terre. Atlas fut transformé en pierre pour lui permettre d’assurer sa terrible mission, et on peut le voir sous forme d’une chaine de montagne du nord-ouest de l’Afrique qui porte son nom. En dépit de cette responsabilité cruciale, Atlas reste une divinité secondaire dans la mythologie classique.


Autres versions

La version d’Homère respectait la tradition des peuples de la mer pour lesquels il écrivait. Dans l’Iliade, il raconte comment les dieux et toutes les créatures vivantes commencèrent leur existence dans Océanos, le grand fleuve qui encercle le monde.

Un autre récit très ancien décrit comment une déesse naquit spontanément du Chaos. Ne trouvant rien sous ses pieds pour la soutenir, elle créa l’océan et dansa sur ses vagues. Dans le vent créé par ses mouvements, elle se sculpta un compagnon, un serpent géant. Prenant la forme d’une tourterelle, elle pondit un oeuf énorme que le serpent féconda. Tout ce qui existe dans l’univers sortit de cet oeuf.

Dans le culte orphique, Cronos, personnification du Temps, confectionna un oeuf d’o๠naquit Phanès, le premier des dieux et créateur universel. Phanès prit de nombreuses formes, y compris sous les traits d’Éros, pulsion d’amour. Éros était hermaphrodite, avait des ailes d’or et possédait 4 têtes. Sa sœur, la Nuit, était aussi son épouse et, finalement, elle lui succéda. Tout, sur la terre comme au ciel, vient de leur union.

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5 commentaires pour “Création du monde”

  1. Aurélie :

    J’aime beaucoup, j’adore les histoires sur la création du monde … je trouve ça très fascinant… y a une tres belle legende chinoise aussi sur la création des étoiles (rien a voir mais je la dis quand meme) qui viendrait du mariage entre la lune et le soleil.


  2. Yann :

    Une question liée au commentaire d’Aurélie ci-dessus : auriez-vous la référence de la légende chinoise que vous évoquez, ça m’intéresse ? Merci !


  3. admin :

    La voici de façon réduite : Une légende de la minorité Yi raconte qu’un jour le Roi des dieux enjoignit au Roi-Dragon de planter un arbre Suoluo. Le Roi-Dragon s’exécuta et le soir même une fleur s’épanouit sur une des branches, donnant naissance à la lune.

    Le Roi des dieux ordonna alors à son fils ainé de planter un deuxième arbre suoluo. Au milieu du jour, une fleur s’épanouit sur l’arbre, donnant naissance au soleil. Le souverain appela alors son deuxième fils et lui commanda de disperser dans l’espace quantité d’étoiles.

    Puis il demanda au Roi des étoiles d’ouvrir la porte des vents et des eaux pour que naisse la brume et la rosée.

    Après la lune, le soleil, les étoiles, la bri ume et la rosée ; les dieux construisirent le ciel et la terre. Ils firent le ciel en forme de chapeau de bambou et la terre en forme de pelle.

    Enfin ils firent tomber de l’arbre Suoluo toutes sortes de graines qu’ils dispersèrent sur la terre. Ces graines donnèrent naisance à tous les êtres.

    Source : http://www.chine-informations.com/guide/legende-yi-de-la-creation-du-monde_2711.html#ixzz1KtZhT0gB


  4. Noémie marques viana :

    C’est cool ta vie ;) !


  5. admin :

    Pourquoi cela? :)


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