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Dédale et Icare

Il y a bien des années, l’artisan le plus fameux de la Grèce s’appelait Dédale. Il était à  la fois sculpteur et architecte et travaillait aussi bien le bois que le métal. Devant ces édifices, chacun se demandait si c’était là  une œuvre divine ou bien une construction humaine. Quant à  ses statues, la légende rapporte qu’elles semblaient vivantes.

Dédale se promenait souvent dans les champs o๠se dressaient les colonnes des temples inachevés, entouré par une foule d’apprentis issus des plus nobles familles d’Athènes. Pourtant son élève le plus doué n’était ni noble ni riche. C’était Talos le fils pauvre de sa propre sœur. Alors que les autres garçons portaient des noms fameux par leurs pères, Talos allait lui-même gagner sa renommée. A peine âgé de douze ans, il avait déjà  inventé le tour du potier. Ayant remarqué la forme dentelée de l’épine dorsale des poissons, il avait imaginé la première scie. C’est aussi lui qui inventa le compas en tendant un lien entre deux morceaux de bois de même longueur.

Un jour que le maître inspectait le chantier d’un nouveau palais, il entendit des ouvriers bavarder de l’autre côté du mur contre lequel il se tenait.  » N’est-ce pas que Dédale est le plus grand artisan du monde ? disait l’un d’eux. – talos le surpassera, attends qu’il grandisse, répondit un autre. «  Cette conversation plongea le génie dans d’amères pensées. Il n’était pas habitué à  mettre en doute sa première place parmi les architectes. A partir de ce jour, il ne supporta plus la présence de son neveu. Le jeune garçon avait déjà  tant appris que Dédale était sà»r qu’il deviendrait fameux et il voyait d’avance l’étoile de sa renommée se ternir.

Talos ne comprenait pas la colère et les réprimandes continuelles de son oncle, aussi accepta-t-il avec joie, un soir, la proposition d’aller se promener avec lui. Il ne se doutait pas que son oncle ne faisait que dissimuler sa haine pour se débarrasser de lui.

En effet, après avoir entraîné Talos dans le château d’AthènesDédale, profitant de l’obscurité profonde, le jeta du haut des remparts. Après ce forfait, le criminel descendit pour enterrer le corps et effacer les traces de son acte.  La déesse Athéna, charmée par l’intelligence et l’adresse du jeune garçon, l’avait arrêté dans sa chute et l’avait transformé en oiseau : il était devenu un vanneau.

Le crime de Dédale ne resta pas longtemps ignoré. Un homme, qui était sorti se promener le soir fatal, avait tout vu et avait dénoncé le coupable. Sachant qu’il n’aurait pas échappé au châtiment, Dédale partit avec son petit garçon Icare, o๠ils trouvent refuge en Crête auprès de la cour du roi MinosPasiphaé, la femme du roi, lui demande de créer une vache en bois, un leurre pour qu’elle puisse s’accoupler avec un taureau blanc. C’est ainsi que naît le Minotaure, créature hybride monstrueuse. Minos lui commande alors la création d’un labyrinthe pour y enfermer le Minotaure.

Dédale inventa, pour lui, un labyrinthe. Des multitudes d’esclaves cassèrent des pierres, scièrent des poutres et érigèrent des murs. Ils travaillaient du petit matin à  la tombée de la nuit. Les sentiers s’entrecroisaient, contournaient les coins, s’enroulaient et se déroulaient comme un nœud de vipères. L’être monstrueux y fut enfermé et lorsque l’ensemble fut terminé, Dédale sortit le dernier du sinueux labyrinthe en effaçant lui-même toutes les traces indiquant le chemin à  suivre, tant et si bien qu’il faillit s’égarer.

Dédale montra à  Ariane comment Thésée pourrait en sortir à  l’aide d’un fil, appelé par la suite le fil d’Ariane. En apprenant que les athéniens avaient trouvé le moyen de s’en échapper, le roi Minos fut aussi tôt convaincu qu’ils n’auraient pu y réussir sans l’aide de Dédale. En conséquence, il emprisonna l’architecte et son fils Icare dans ce même labyrinthe à  fin de démontrer que sans indication même son auteur ne pouvait en découvrir la sortie.

Mais le grand inventeur n’était pas en peine pour si peu, il dit a son fils :

« La fuite peut-être entravée par la terre et par l’eau

Mais l’air et le ciel sont libres. »

Chaque soir, il allait avec son fils Icare sur la plage et, regardant la mer, fixait à  l’horizon l’endroit o๠le ciel se fondait avec l’eau. Le pays natal de Dédale se trouvait là -bas. D’abord il espéra qu’un bateau surgissant des vagues le ramènerait chez lui. Mais personne n’aurait osé emmener avec lui quelqu’un que Minos ne voulait pas laisser partir. Le malheureux voyait toujours le même paysage : une mer déserte, des rochers et des masses d’oiseaux tourbillonnant au-dessus de l’eau. Il se mit alors à  envier leur liberté. Eux au moins pouvaient voler au-dessus des montagnes et des mers. Bientôt ces pensées l’obsédèrent jour et nuit.
Il étudia le dessin de leurs ailes, suivit attentivement leur vol du regard et élabora un plan secret de fuite. Après avoir ramassé des plumes de différentes longueurs, il se mit en cachette à  l’ouvrage en les assemblant avec des fils de lin, les petites d’abord, les grandes ensuite. L’ensemble fut fixé avec de la cire et délicatement courbé pour imiter la forme des ailes. Il en construisit deux grandes pour lui et deux petites pour son fils. Ayant achevé ce travail, il le regarda avec satisfaction.  » La Crète appartient sans doute au roi, pensa-t-il, mais le ciel est à  moi. « 

Dédale réveilla Icare de bonne heure. Il attacha en premier ses propres ailes, les agita et s’éleva dans les airs. Puis il montra à  son fils comment il devait se servir des siennes:  » Fais bien attention, recommanda l’artisan, ne vole pas trop haut car le soleil ferait fondre la cire et flamber tes ailes. Ne vole pas non plus trop bas, car les vagues te mouilleraient et t’alourdiraient avant de t’entraîner au fond de la mer.  »

La Crète était déjà  loin derrière eux et Dédale, heureux du succès de son entreprise, s’abandonnait à  de joyeuses pensées sur sa patrie qu’il allait enfin retrouver. Quant à  Icare, il battait l’air de ses ailes légères avec ravissement. Il aurait bien aimé s’élever un peu plus, mais, tant que son père se retournait, il n’osait pas lui désobéir. Maintenant que celui-ci, songeur, oubliait de le regarder, il en profita pour enfreindre ses ordres. Il s’envola plus haut, encore plus haut :  Il s’approcha de l’équipage du dieu soleil si près qu’il put admirer le char en or. Les fils et les plumes se décollèrent et laissèrent passer le vent. Icare battit l’air une dernière fois de ses bras nus et tomba en poussant un cri. Il périt noyé tandis que les crêtes étincelantes des vagues rejetaient une poignée de blanc duvet. Dédale se rapprocha de l’eau, la fouillant du regard. Il ne trouva que quelques plumes mouillées. Le cœur brisé, il se porta sur une île proche et quitta ses ailes. Le soir, lorsque le soleil eut achevé son chemin, la mer lui rapporta le corps de son fils et le déposa sur la plage.

Un oiseau solitaire se posa sur la terre fraîchement remuée : c’était un vanneau qui, oubliant pour une fois sa timidité, était venu rappeler à  Dédale son meurtre d’autrefois.

Tel un homme traqué, celui-ci remit ses ailes et quitta l’île, tournant le dos à  sa patrie. Il se posa en Sicile, il fut fort bien accueilli par le roi Cocalos,  o๠il édifia des constructions plus magnifiques que jamais.

Rendu furieux par cette fuite, Minos décida de retrouver Dédale. Pour y parvenir, il employa la ruse. Il fit proclamer partout qu’il accorderait une grande récompenser à  quiconque réussirait à  passer un fil dans les volutes d’une coquille aux spirales particulièrement enchevêtrées. Dédale déclara au roi de Sicile qu’il pourrait y parvenir. Il perça d’un trou l’extrémité de la coquille, fixa un fil a la patte d’une fourmie, introduisit la fourmie dans l’orifice, qu’il boucha. Quand la fourmie ressorti enfin par l’autre extrémité le fil l’avait suivi. Minos déclara « seul Dédale pouvait imaginer pareil stratagème » il se mit en route pour la Sicile, mais le roi Cocalos refusa de livrer Dédale, et dans la lutte qui suivie Minos trouva la mort.